15 jours de Wwoofing en pleine jungle et récolte de maté à Oberá

Après une nuit à Posadas, j’ai décidé de partir pour San Pedro, un village situé au Nord-Est à environ 6 heures de route. A la station de bus la vendeuse de billets s’est inquiétée de me voir partir seule là-bas (6€) car apparemment ça n’est pas du tout touristique, mais c’est ce que je recherche donc tant mieux. Andrea m’a envoyé un mail « explicatif » pour que je réussisse à rejoindre la ferme « Las llaves » depuis San Pedro. C’est là-bas que je ferai du wwoofing : c’est à dire travailler dans une ferme bio en échange du logis et du couvert. C’est Magali et Morgane, les 2 alsaciennes de Purmamarca qui m’ont donné cette adresse.

La ferme las llaves se trouve à quelques kilomètres de la frontière brésilienne. Pour s’y rendre il faut prendre le bus pour Tobuna sur la route 14. Il y en a 4 par jour à des heures approximatives… Il faut demander au chauffeur de descendre au kilomètre 48, et ensuite il y a 2 kilomètres de marche à faire en s’y retrouvant, car il y a 5 pistes différentes dans la forêt mais il n’y en a qu’une qui puisse me conduire à la ferme. ça ne va pas être facile.

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La route principale vers Tobuna – Broken Boussole ©

Une fois à San Pedro j’ai eu un peu de chance, le bus pour Tobuna n’était pas encore parti. En fait, c’est un vieux camion Mercedes aménagé avec des banquettes (18 places assises).  Au bout d’un kilomètre, le chauffeur s’arrête, coupe le moteur et part faire ses courses. Oui, oui, vous avez bien lu. Entre temps, il a eu du monde à arriver, on doit être environ une quarantaine dans le camion maintenant (Autant dire que c’est aussi bondé que la ligne 9 un soir de match au Parc…).

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Le sentier pour rejoindre las llaves – Broken Boussole ©

Petite subtilité, la vitesse maximale du « bus » est de 15 km/h. La route est un mélange de terre et de grosses pierres (à cause des pluies tropicales qui peuvent tout emporter). A cette époque de l’année, il fait nuit noire à partir de 18 heures, il est 19 heures, je suis très très mal barrée pour réussir à trouver le chemin de la ferme. Le chauffeur me fait signe de descendre ici, et une femme m’attrape par le bras pour me dire que je peux m’arrêter à la maison au bout du chemin pour demander de l’aide, apparemment la famille qui vit là connaît la route. Etant donné les conditions de visibilité et le dénivelé, j’ai été directement frapper à la porte de l’unique maison sur le chemin. Eva, la mère de famille a accepté de m’emmener à la ferme. Comme ça, sans poser plus de question. Elle et son mari cultive le manioc, le thé et le maté et j’aurai l’occasion de passer du temps chez eux.

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La cuisine – Broken Boussole ©

Concernant la ferme, comment dire ? Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais x) Quand on m’a dit « ferme » en me parlant de wwoofing en Argentine, je m’attendais à une ferme comme en France. Avec à minima une maison, un lit, une salle de bain, des toilettes,  l’électricité et l’eau courante et pourquoi pas internet. Tout faux. Ici il n’y a pas de maison mais seulement des tentes individuelles sous un ancien séchoir à tabac (sans murs), il n’y a pas l’eau courante, ni l’électricité, mais de quoi faire du feu, un lavabo et un tuyau d’arrosage (eau froide) en guise de douche. Il n’y a donc pas de frigo, et encore moins internet.

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La douche – Broken Boussole ©

Outre Ruben et Andrea, les propriétaires, il y a aussi Sigmund un polonais (à las llaves depuis 3 mois) et Joey un américain que j’ai rencontré pendant mon premier petit-déjeuner (soupe à l’eau et aux herbes et polenta).

Il y a 1 hectare de verger et 9 de forêt. Cela fait moins d’un an que l’exploitation existe. Ici on cultive le manioc blanc et le manioc noir, le tung (un fruit), des épinards, de la salade, du céleri, des betteraves, des choux, des pommes de terre, des cacahuètes, des piments, des oranges, des citrons, des avocats, des figues ou encore des fleurs de Jamaïque. Les arbres Paraiso sont cultivés sur 1 hectare, ils servent à construire des maisons et à faire du feu pour cuisiner.

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Ma zone de travail pendant ces 15 jours – Broken Boussole ©

On travaille tous les jours de 7h30 à 14h. Temps libre de 14h à 18h (il fait nuit noire à 18h et il n’y a pas d’électricité). Les propriétaires choisissent 2 jours de repos par semaine (généralement les jours ou il pleut). Pendant 15 jours j’ai planté des salades à la cuillère à soupe, ramassé des cacahuètes, fait de la confiture de fleurs de Jamaïque, construit une maison en bois de paraiso… j’ai aussi été la seule à me servir de la « douche » pour me laver.

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La construction en cours – Broken Boussole ©

J’ai profité de mon temps libre pour proposer à Joey d’aller voir Eva qui nous a invité pour un goûter improvisé (maté, pain à la confiture et vodka). Toute la famille est là, Eva est d’origine paraguayenne par sa mère et brésilienne par son père. Antonio son mari à 2 parents russes. Ils ont 3 enfants, Gladys, Eliana et Ivan. C’est cette famille qui m’a vraiment fait découvrir le maté et sa tradition. Dans une tasse on mélange de la yerba maté et de l’eau bouillante, ensuite pour boire le mélange sans avaler l’herbe de la tasse, on utilise une bombilla (prononcer bombicha en Argentine), c’est une paille dont l’extrémité dans la tasse est percée de petits trous.

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Eva qui m’apprend à reconnaître du manioc 😉 – Broken Boussole ©

A préciser, l’humidité est omniprésente ici, il fait chaud la journée et très froid la nuit, et les moustiques sont particulièrement mauvais tout comme les fourmis.

Après une belle parenthèse à Iguazu (Cf. Périple aux chutes d’Iguazu), direction Obera et la Chacra Anna Park (l’exploitation de Yerba Maté des parents de Juan). Pendant ce trajet en bus (38$) j’ai vécu mon 2ème et pire contrôle de police. J’ai subi un véritable interrogatoire, contrairement à tous les autres passagers. Qui je suis, pourquoi je suis en Argentine, pourquoi je voyage seule, pourquoi à Puerto Iguazu, pourquoi Obera, où est-ce que je dors… ça a duré 30 minutes, j’ai aussi dû montrer mon sac pour que le chien aille le sentir. Je crois qu’ils m’ont pris pour une mule.

Après mon arrivée au terminal d’Obera, il m’a suffit de 10 minutes en remis pour rejoindre la chacra. Une chacra 5 étoiles. Maria Rosa et Erik, les parents de Juan m’ont accueilli comme si je faisais partie de la famille, ils sont adorables ! Ils ont prévenu Juan que la récolte aurait lieu cette semaine (fin juin 2010) et Juan m’a prévenu par mail. J’ai aussi redécouvert le confort pendant 1 semaine complète. imaginez : ma propre chambre, avec un lit, une salle de bain, de l’eau chaude et de l’électricité !!

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Erik & Mario Rosa – Broken Boussole ©

Maria Rosa et Erik ont a eux 2 des origines brésiliennes, allemandes, espagnoles, paraguayennes, et suédoises. Juan est leur fils, et ils ont également 2 filles Veronica et Diana que je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer. Maria est anthropologue et Erik a toujours travaillé le maté. Ils possèdent 2 maisons, une à Obera et une à Posadas, et ont 4 chiens.

Le maté est la boisson la plus populaire en Argentine, il est connu pour ses vertus : hydratation, énergie, brillance des cheveux, solidité des ongles, dents saines, digestion améliorée… Mais partager un maté est aussi synonyme de convivialité.

Chaque année, une cuadrilla (une équipe) vient effectuer la cosecha (la récolte). Engager une cuadrilla coute 35 000$ soit 6 000€. Cette année, le chef de la cuadrilla c’est David. Il a 25 ans, et son surnom c’est « El Tigre ». Avant d’être chef et d’encadrer 15 ouvriers, il participait à la récolte comme les autres. Il a commencé à 16 ans. J’ai sympathisé avec lui, ainsi qu’avec Noemia, la seule femme de l’équipe et Jorge, le doyen.

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La pesée du maté avec David – Broken Boussole ©

Le chef de la cuadrilla vérifie que la coupe soit bien effectuée. elle doit être droite et faite à la scie ou à la machette. En 2 jours, les ouvriers récoltent du maté sur près de 2 hectares, et remplissent des sacs de toile numérotés. Chaque sac fait entre 50 et 100 kilos parfois plus. Du poids de chaque sac dépend le salaire de l’ouvrier. La pesée a lieu chaque jour aux alentours de 17 heures (après 8 ou 9 heures de récolte).

Une fois le maté récolté, il faut l’envoyer au Secadero (séchoir). Chez Anna Park le processus est artisanal et sans fumée. La première étape c’est le Sapecado, la yerba passe dans un tube d’air chaud à 900° pendant quelques secondes, puis elle sèche dans un tambour pendant 20 minutes. Ensuite c’est l’étape Barbacua, un 2ème four permet de terminer le séchage  de la yerba très lentement pendant 20 heures. Puis la yerba est broyée et tamisée (Canchado y Zaranda) , et empaquetée dans des sacs de 50 kilos dans un hangar obscur pendant 2 ans. La dernière étape est le Moliendo Final, 2 moulins broyent les feuilles puis la yerba est empaquetée, et prête à être vendue.

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 Le chargement en route pour le séchoir – Broken Boussole ©

Ce maté là est bio, mais pour les producteurs de masse il suffit de 30 jours pour produire du maté.

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